Serena

Il était une fois, une petite famille. D’abord elle n’était composée que de deux personnes, Papa et Maman. Papa et Maman s’était rencontrés au travail, ils étaient tombés très amoureux et avaient décidés de vivre ensemble. Ils étaient heureux, ils n’embêtaient personne avec leur bonheur. Ils ne demandaient rien, si ce n’est à être ensemble. Mais malheureusement, Papa et Maman ne restèrent pas très longtemps heureux. Une nouvelle amie était apparue. Serena. Elle choisit papa. Aujourd’hui on ne sait toujours pas pourquoi elle a choisit papa. Au début elle était plutôt silencieuse, il ne s’est pas rendu compte tout de suite de sa présence, il n’a pas remarqué qu’elle souhaitait cohabiter. Maman a mis du temps à remarquer aussi. Serena n’est pas le genre qu’on a envie d’inviter chez soi, Serena n’était pas la bienvenue, mais elle est restée. Elle est restée avec Papa. Elle a commencé à étourdir Papa, à lui donner des fourmis dans les pieds, à le fatiguer. Maman n’était pas jalouse, mais elle aurait dû. Elle aurait dû se méfier, parce que même si Serena arrivait doucement, elle arrivait sûrement. Elle ne lâcherait plus Papa, plus jamais. Papa et Maman se sont pourtant mariés, ils souriaient, ils s’aimaient. Papa et Maman ont ensuite conçu Fille, leur plus grand bonheur soit disant, leur enfant. A ce moment, ils ont alors essayé d’ignorer Serena. Que pouvait-elle face à ce bonheur si grand que d’avoir un enfant ?
Pendant quelques temps, Serena s’est faite petite, elle n’ennuyait plus vraiment.. Et puis au fur et à mesure, Serena a pris de plus en plus de place. Elle a commencé à faire trébucher Papa, à l’agacer, à lui donner moins de dextérité dans les doigts. Papa a commencé à beaucoup s’allonger, à moins marcher. Il ne pouvait pas, il y avait Serena.
Fille a grandit avec Maman et Papa, mais aussi avec Serena. Elle ne savait pas si Serena était une amie ou une ennemie, personne ne lui avait dit. Personne ne lui parlait jamais de Serena. Ce qui a fait comprendre à Fille la présence encombrante de Serena c’est le regard des autres, il était différent quand ils apprenaient l’existence de Serena.
Serena a fait tomber Papa, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Et puis la petite famille a arrêté de les compter. Papa s’est mis à crier sur Serena, souvent. Il voulait qu’elle s’en aille, il avait mal. Maman s’est mis à taper Papa, parfois, pour faire partir Serena. Papa et Maman n’étaient pas fiers de tout ça, ils cachaient Serena. Ils voulaient qu’elle n’existe pas.
Maman et Papa ont quand même décidé de faire Fils. Fils est arrivé dans la petite famille alors qu’il n’y avait plus vraiment de place. Serena avait grandit avec Papa, elle l’occupait beaucoup. Papa ne s’occuperait pas beaucoup de Fils à cause de Serena. Maman non plus, elle était obnubilée par Serena. Elle pleurait à cause de Serena, elle déprimait, mangeait, dormait. Fils, lui, ne su jamais à quoi ressemblait Papa sans Serena. Papa avait changé, il était devenu triste, fatigué, et seul. Les amis de Papa n’avaient pas tenu le coup face à Serena. Ils avaient eu peur. Eux, ne s’étaient jamais posé la question, pour eux Serena était une intrus et n’aurait jamais dû choisir Papa.
Et puis Serena a fini par prendre la vie de Papa. Elle a été sournoise. Elle lui a retiré la possibilité de se déplacer, Papa n’a plus pu bouger ses jambes. Elle lui a aussi retiré la possibilité d’écrire, Papa n’a plus pu corriger lui même des copies. Elle lui a retiré la possibilité de manger, Papa n’avait plus d’autre choix que d’attendre que la cuillère arrive à sa bouche. Elle lui a retiré la possibilité de se laver, de pisser, de se moucher, de fumer. Elle a tout volé à Papa.
Alors Maman s’est éloignée, Maman n’a plus supporté Serena. Elle la détestait.
Et puis Papa aussi s’est éloigné. Il a laissé Serena prendre toute la place, il n’avait plus le choix. Il s’est éloigné de sa vie, puisque Serena avait décidé de lui prendre.

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Elle était là, tout près de moi, dans la même pièce. C’était ni plus ni moins la seule chose au monde qui pouvait m’intéresser. J’sais pas ça fait cliché, mais c’est pourtant vrai.
C’était une soirée ordinaire pour la plupart des gens présents dans la pièce, des filles en grande majorité, des étudiantes en sciences sociales, le gros cliché des meufs que t’es censé avoir envie de gérer. Sauf que moi ce soir là, la seule que je voulais, c’était elle.
La musique était forte, sur la table basse gisaient des bouteilles vides, des mégots, et des téléphones portables. Cécile pris une bouteille et me la tendit, elle s’attendait à une réponse positive de ma part, je ne la déçu donc point et je bu une gorgée, malgré que la seule que j’avais envie de boire, c’était elle. Encore elle. Toujours elle.

Cécile esquissa un sourire complice qui m’était destiné, je le lui rendit, elle s’approcha de mon oreille pour me chuchoter quelque chose, elle riait, elle avait les lèvres prêtes à se décoller. Je ne pris pas le temps d’écouter ce qu’elle avait à me dire, car je la regardais elle. Elle était figée, elle était à l’autre bout de la pièce, debout, le regard rempli de désespoir. Je ne pourrais pas décrire ce que j’y vit, mais c’était d’une tristesse à faire pleurer un clown. J’étais là, incapable de bouger face à elle et son expression faciale. Peut être que j’étais entrain de rire à ce moment là, qu’elle me voyait et qu’elle pensait que je l’avais oublié. Que le simple sourire de Cécile aurait pu me permettre de l’oublier, comme si c’était aussi simple. Elle me lançait un regard noir transperçant, mais Cécile ne lâchait pas l’affaire, elle attrapa mes mains pour me faire danser. Elle me faisait tourner, je n’aimais d’ailleurs pas vraiment ça, mais je me prêtais au jeu. Je tournoyais sur moi même en oscillant doucement le bassin, histoire de penser que j’étais bien.

Puis je la cherchais du regard, je balayais la pièce, elle n’étais plus là. Je me redressais d’un seul coup, traversais la pièce rapidement, il n’y avait plus ni son blouson, ni sa casquette, rien du tout. Je sentais la panique m’envahir, j’enfilais ma veste, mes chaussures le plus vite possible. Je courais dans les escaliers pour la rattraper.
Il faisait nuit, elle était dans la rue entrain de marcher, la tête baissée. Elle était déjà loin. Elle avait les poings serrés. Elle avait mis son poing droit dans sa bouche, elle le mordait. Je courais derrière elle.  « Hey !!! Attends moi !!! » criais je en vain, elle ne tourna pas la tête. Elle s’approchait d’un mur, elle posa ses mains sur le crépis et les fit glisser le long en appuyant fortement. Je me précipitais sur elle, j’enroulais mes bras autour d’elle. Elle éclata en sanglots, silencieux. Ses larmes étaient lourdes, culpabilisantes. J’agrippais ses mains, elles étaient rougies. Je tenais ses mains dans les miennes.
« Mais qu’est ce que tu fais ?
– Et toi tu fais quoi là ?! »
Je savais qu’elle n’attendait aucune réponse, je savais que je devais juste me taire et accepter d’avoir merdé, que je devais respecté son sentiment d’avoir été délaissée, et que je devais attendre qu’elle m’ai pardonné. Elle était belle, même tremblotante, même fâchée. Je respirais ses cheveux, puis elle me plaqua contre le crépis, elle attrapa ma tête avec ses deux mains et m’embrassa. « Je t’aime.. Je t’aime.. Tu es à moi.. » chuchota t’elle.
J’étais à elle.

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J’ai 19 ans mais j’ai l’impression d’en avoir 100

Hier soir je me suis retrouvée dans une situation étrange, je mettais la table, et j’ai été brusquement perturbé par le simple fait qu’il ne restait que des couteaux tranchants dans le tiroir. Je suis restée hésitante face au tiroir et elle m’a dit « Ben tu peux les prendre ce sont des couteaux aussi hein. » Le genre de remarques que l’on lance sur un ton méprisant et qui me donnent envie d’hurler sur le champ.
Et puis ce soir j’ai fini mon polar, juste à temps avant d’arriver à la gare. Tu sais ce genre de romans qui font écho à ton corps tout entier, ça résonne à l’intérieur, les mots sur le papier sont presque les mêmes que les mots dans ta tête. Une drôle d’histoire de crime, de jalousie et de violence. Tout à coup ça m’est apparu clairement. A quel moment les couteaux tranchants ont t’ils bien pu devenir autre chose que de simples outils de cuisine pour une petite névrosée comme moi ? Peut être était ce il y a un an lorsque tu jouais avec dans le but de voir une lueur d’effroi dans mon regard. Je pense que ce n’était pas les couteaux eux mêmes qui me faisaient frissonner, mais plutôt ton sourire, ton sourire de voir que c’était bien toi qui détenait le pouvoir. Je me souviens de tout, je me souviens de ces fois où le ton commençait à monter, de ces monstrueuses gifles que je t’ai mis lorsque tu me l’as demandé. Le mal était fait, tu as pleuré de longues minutes, tu ne voulais pas t’arrêter, tu peinais à respirer. Je t’ai apporté un verre d’eau et c’est à ce moment là que j’ai compris que tu étais moins résistant à la violence que moi. J’ai eu pitié de toi, tu as du le sentir, tu as commencé à me haïr.
Et puis je me souviens de ton regard noir, le même qu’elle exactement. De ton poing levé face à moi, je ne baissais pas les yeux. Tu l’as approché rapidement de mon visage et tu t’es arrêté juste avant le coup fatal, j’ai fermé les yeux brusquement, je savais que tu ne me frapperais pas ce jour là. Je sentais que tu n’en étais pas capable. Alors sûre de moi je t’ai dit « Frappe moi, tu ne pourras jamais me faire autant de mal qu’elle m’a déjà fait. » C’est de la déception que j’ai lu dans ton regard. Le sentiment d’échec était si violent que tu m’as laissé tranquille plusieurs heures, ce qui était beaucoup pour des perturbés comme nous. Tu sais on allait bien ensemble finalement, on était complètement dérangés, on était prêt à crever l’un pour l’autre, à tel point qu’on en a fini par vouloir se tuer.

« Quand quelqu’un prend des coups pendant des années
parce qu’un adulte a envie de se défouler sur lui,
comme ça, sans prévenir. L’enfant apprend à
décoder ses émotions en une fraction de seconde.
Parce qu’on s’adapte pour survivre. » 
Lie to me

Le pire, je pense, ce n’est pas le moment d’après, l’après claque, l’après fessée, l’après coup de poing, ce moment où un endroit de ton anatomie est rougie et meurtrie à vie. Non. C’est le moment d’avant, celui du regard noir. Un soir tu étais partis boire avec tes amis, me laissant seule dans l’appartement. Je t’ai emprunté la clé que tu utilisais pour fermer ta chambre toutes les nuits afin que je ne fouille pas dans tes affaires. Je l’ai emprunté et je me suis enfermée à clefs. Mais évidemment je n’ai pas trouvé le sommeil, et quand à minuit tu es rentré, j’ai d’abord choisis de faire semblant de dormir mais tu as voulu rentrer dans ma chambre en appuyant d’un seul coup violent sur la poignée. Tu t’es rendu compte qu’elle était fermée, tu as laissé échapper une injure. J’admets à cet instant j’étais terrorisée. Je me suis risquée à te signaler que j’étais réveillée. Furieux tu m’as intimé « d’ouvrir cette porte immédiatement sinon je la défonce. » Je t’ai dit « Non. », puis « NON. » Mais tu n’as pas laissé tomber, tu as commencé à te jeter sur la porte, j’ai cru que tu allais me tuer si je t’ouvrais, mais tu semblais dire que tu ferais pire si je n’ouvrais pas. Alors j’ai lentement glissé la clef dans la serrure et je l’ai fait tourner, tu es entré comme un fou. Tu étais sûrement ivre, je me demandais ce qui t’avait rendu aussi furieux. Si je ne m’étais pas enfermé et que j’avais été endormis, que m’aurais tu fait ? Qu’est ce que tu voulais me faire putain ?
Tu m’as agrippé et jeté sur le lit, j’ai atterris à moitié sur le lit, à moitié derrière, par chance je ne me suis cognée nul part. Mais ensuite tu as recommencé à m’attraper, je n’avais pourtant pas cherché à m’enfuir, je ne sais pas si j’avais eu le courage de t’insulter sonnée comme j’étais. Je voulais juste que tu me lâches, que tu me laisses respirer car tu as refermé tes mains contre mon cou et tu as cherché à m’étrangler, pour me donner une bonne leçon. Tu m’as relâché rapidement. Mais encore une fois c’était foutu, je me suis mise à suffoquer, à trembloter. Tu es partis tranquillement te coucher, comme si rien ne s’était passé, mais moi j’ai saisis mon téléphone, j’ai eu envie d’appeler la police mais je ne l’ai pas fait. Si j’avais du le faire ça aurait été déjà fait depuis bien longtemps, et tu le savais. Je l’ai appelé elle, elle m’a écouté pleurnicher, à essayer de me rassurer. Quelle drôle d’idée j’ai eu d’appeler celle qui m’avait fait découvrir le regard noir avant toi.
Les deux personnes en qui je croyais le plus sont des monstres. Alors tu ne seras pas surpris si je te dis que je ne fais plus confiance à personne, que je ne ferais plus d’effort pour faire confiance à quelqu’un si c’est pour attendre le jour où il lèvera la main sur moi. Tu te souviens de ce que tu m’as dit ? Tu te souviens de ce qui m’a achevé ?
« Si même ta propre mère te frappait, c’est peut être qu’il y a une raison, tu n’y a jamais pensé ? Peut être que tu le mérites non ? » 
Ce n’était pas une question.

Je ne serais jamais comme les autres, je vivrais toujours dans un brouillard qui me sépare d’eux. Car j’ai déjà vu le diable. Je sais à quoi il ressemble. Il prend différentes formes, humaines. Il se niche dans les regard noir des hommes violents et des mères qui brutalisent leurs enfants.

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Lili passa un bras hors de la voiture, humant l’odeur de liberté qui commençait à l’envahir. « Alors c’est ça, partir ? » dit elle. Rachid n’émit aucun bruit, seulement un léger sourire en coin. Elle replaça une mèche de sa chevelure qui avait prit le vent et afficha un visage illuminé par le nouveau sentiment qu’elle venait d’apprivoiser. La liberté.
Elle augmenta le volume de la radio et se tortilla tant bien que mal dans l’habitacle. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime criait elle en riant. Je t’aime comme une enfant, mais je suis une enfant, je suis une enfant du soleil et aujourd’hui je brille autant que lui pensait elle silencieusement.

Ils commencèrent à chanter ensemble, Rachid appuya fermement sur l’accélérateur, il  savait qu’il ne pourrait jamais rattraper le temps mais il essayait. Lili ferma les yeux dans le but de le retenir. Lili disait toujours qu’elle n’avait pas le temps d’attendre le temps, c’est ce que font pourtant la plupart des gens. Ils attendent patiemment le temps, qu’il leur donne des réponses, qu’il leur apporte le bonheur, l’amour, l’argent, quelque chose. Mais Lili n’est pas la plupart des gens, elle se revendiquait souvent, cherchait à se donner une consistance. Est ce qu’on a vraiment une consistance à 22 ans ? Elle disait :« Bonjour je suis Lili Ziani et j’ai beaucoup à vous apprendre. » Elle plantait son regard en vous et rare ceux qui en sortaient indemnes. C’est ce qui avait plu à Rachid, il n’était pourtant pas du genre à se laisser impressionner, mais pas du genre à tenter d’impressionner non plus. Lui tout ce qu’il voulait c’était être normal. Etre quelqu’un comme Antoine, Antoine Durand le bon élève de 6èmeB, un futur monsieur tout le monde qui ne ferait peur ni aux filles ni aux aux employeurs. Dieu sait combien il avait envié cet Antoine Durand, combien il aurait tout donné pour avoir sa place, sa famille, son porte monnaie, ses chemises repassées et son sourire surfait. Il aurait tout donné, mais à présent il avait Lili. Il avala sa salive en imaginant Lili Ziani et Antoine Durand dans le même lit, ou pire, son lit sans Lili.

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Il freina, se gara et à peine eu t’il le temps de couper le moteur que Lili était déjà à l’extérieur. Elle portait une robe blanche légère et un maillot de bain vert, elle courait, « Dépêche toi ! Viens ! Regarde comme c’est beau Rachid ! C’est encore plus beau que moi t’as vu ça ?! » lui criait elle. Il courait lui aussi, ôtait son tee shirt et le jeta à ses pieds. Le sable était brûlant, et le spectacle qu’il avait en face des yeux fascinant. Lili avait à présent le corps à moitié immergé, elle sentait l’eau salée lui caresser le ventre, puis les mains de Rachid lui entourer les hanches, elle couvrit le visage de Rachid de baisers. Merci, merci, merci pensait elle, merci de me laisser entrevoir ce bonheur la. Il la serra fort dans ses bras. Vous vous demandez sûrement à quoi ces deux là savaient qu’ils étaient heureux. Ils l’étaient car ils n’avaient envie d’être à aucun autre endroit, ni dans une Ferrari, ni dans un château allemand, ni dans un palais japonais. Ils l’étaient car ils n’avaient envie d’être avec personne d’autre. Ce dont ils avaient envie ils avaient fait en sorte de l’obtenir, le reste ils y avaient renoncé et le présent leur paraissait dorénavant grandiose.

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La plus belle qualité d’un écrivain c’est de savoir rendre ses rêves réels et lisibles par tous.

Lettre à ma petite moi

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La petite moi c’est le morceau en moi qui n’a pas encore grandit. La petite fille que j’étais et la petite fille que je resterais. 

Je voulais te parler d’un sujet dont on te parle beaucoup, depuis que tu es en âge de comprendre et de le faire. Le sexe. Je voulais te parler de ça, parce que je sais que l’âge passé de l’expérimenter, plus personne n’en parle, du moins la majorité passée chacun est considéré comme un adulte dans ce domaine et on doit fermer à double tour ce qu’on ressent. Mais t’es pas obligée de le faire tu sais, c’est rare mais tu trouveras des gens pour t’écouter, des gens qui voudront en parler et te rassurer. Je sais que tu t’es torturée à ce sujet. Et je sais aussi que ça n’en vaux pas la peine, et je vais t’expliquer pourquoi.

Ta mère s’est appliquée à te démontrer le pourquoi du comment à ce sujet, et ça ne te gênait pas. Tu trouvais ça normal de savoir exactement comment fonctionne une capote à 11 ans. Tu te disais même que c’était utile d’être au courant de toute cette théorie du sexe, tu pensais que ça te servirait. Et elle t’avait même fait croire que c’était indispensable de tout savoir, sûrement car elle personne ne lui avait appris alors elle a cru bon de se rattraper avec toi. Elle a sûrement cru que ce serait la meilleure solution pour que tu sois épanouie et sans craintes à ce sujet. Et pourtant Dieu sait que tu as eu la pression, et je me dois te dire que c’est tout à fait compréhensible d’avoir la pression quand on est une petite fille qui découvre cette chose terrifiante qu’est le sexe.

Il ne faut pas t’en vouloir si des hommes ressentent du désir pour toi, ce sentiment leur appartient, s’ils t’ont fait du mal ils ne s’en sont peut être pas rendu compte, et ils ne le sauront pas forcément, ils auront beau s’excuser ils ne pourront jamais réparer un petit corps touché, scruté et abîmé. Ils n’ont pas tous les tords, regarde les femmes de ta vie. Souviens toi de ce qu’elles t’ont dit. Elles t’ont d’abord dit de surveiller ton corps, que tu en étais responsable et que faire l’amour sans être mariée était une faute, qui auparavant était sévèrement punie. Elles t’ont aussi dit que si tu mettais du rouge à lèvre, des habits féminins ou même du vernis tu attirerais inévitablement le loup. Et tu sais quoi ma petite moi ? Que tu aies eu peur, je le comprends. Je le comprends seulement maintenant mais je le comprends.

Et tu sais ce qui est le pire ? Je vais te le dire. C’est qu’elles avaient tord. Comme je te l’ai dit précédemment, le sentiment de désir des hommes leur appartient. Il est à eux et seulement à eux. Arrête de t’inquiéter en permanence de ton habillement, arrête de te traiter de « pute » tout le temps, arrête de baisser le regard face aux hommes dans la rue, arrête de culpabiliser du plaisir que tu peux éprouver, arrête ça, arrête.

Le sexe a un goût d’éternité et donne l’impression de voyager. 

Les chrétiens sont des gens bien ?

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La vertu ça s’apprend.

J’ai longtemps, très longtemps cru qu’on pouvait s’échapper de ses origines, de là où on vient, et que mes parents allaient être ceux qui influenceraient le plus ma vie future. Mes parents se sont toujours revendiqués comme de bons athées, du plus loin que je les connaisse cependant, cela ne remonte donc qu’à 19 ans. Ils ont refusés de me mettre au catéchisme, pour ne pas que j’intègre « toutes ces conneries ».
Le problème c’est qu’ils n’avaient sûrement pas prévu qu’en me laissant la majorité du temps à mes grands parents, j’allais m’imprégner de ce qu’ils réprimaient tant. Autrement dit, la religion.

Car oui je viens d’une famille où la chrétienté est sur développée, malgré qu’elle y soit souvent cachée, camouflée, et même réprimée.
J’avais 15 ans quand je suis tombée folle amoureuse d’un garçon, le premier, le coup de foudre, le vrai de vrai. Et ironie du sort, il s’appelait Joseph. Je le charriais souvent, de plus mon troisième prénom est Marie, alors nous ramenions souvent le sujet de la religion sur le tapis. Il m’a apprit énormément de choses, il m’a raconté ses histoires de famille, sur les femmes très catholiques de sa famille, etc. Nous nous asseyions régulièrement devant le lycée pour parler de tout ça, ou même ailleurs. C’est le premier à m’avoir donné ce goût prononcé pour la religion dans son ensemble, les autres jeunes gens de notre âge n’en parlaient que peu, c’est encore un sujet dont on parle très peu. Mais nous étions si semblables sur ce point que c’était un plaisir à chaque fois. Avec lui être une catho ça allait de soi.

Et puis il y a eu la fac, les cours de socio, le dossier d’analyse d’une pratique religieuse à faire, où j’ai demandé à un ami de participer, ami que nous nommerons O. O parlait de sa religion, l’Islam, de façon si passionnée, si intime que ça en devenait merveilleux. Mon amoureux de l’époque et moi étions à chaque fois pendus à ses lèvres, nous lui disions à la fin de ses récits « C’est bien, tu as des bonnes valeurs. » sans même savoir que nous avions les mêmes.

Oui, j’ai été élevé dans l’idée que le sexe est la chose la plus précieuse au monde, que l’on ne doit donner son corps qu’à un seul homme : son mari. que la seule personne qui peut nous juger est Dieu, que l’on se doit d’être bon avec les autres, et généreux, donner aux pauvres, sourire aux vieux, non pas se couvrir les cheveux mais se couvrir suffisamment le corps, qu’il y a des lieux adaptés à la dépravation mais que l’on doit se protéger de cela, que les hommes sont des prédateurs qui un jour voudront me manger et que je dois m’en méfier.
J’ai été élevé dans la religion, qu’on le veuille ou non. 

J’ai été à la messe chaque semaine, j’ai fait la crèche de Noël avec mamie, j’ai médité des heures devant la croix chrétienne, j’ai prié si fort que Dieu m’aide lorsque j’étais dans mon lit seule dans le noir.

La fidélité, la pureté, le don, la préservation, la pudeur, la soumission, la dévotion.

Chacun vit sa religion à sa façon, vos parents, vos amis, vos frères et sœurs ne vivent pas leur religion de la même façon que vous, et ce même si vous avez la même. La foi est quelque chose de très intime. Je me sens impudique de parler de ça ici. Et pourtant je ne devrais pas tant, vis à vis de ces corps, de ses saletés que l’on voit partout sur le net.

Aujourd’hui je suis fière de ce que je suis.
Une petite catholique esseulée.

Lettre à mon futur toi

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Actuellement je suis concentrée sur mon moi, je trouve qu’il a énormément grandit en plusieurs moi et j’en suis tellement fière que je n’ai pas fait attention à toi, pas encore, je ne te connais sûrement pas.
Mais je sais que tu es la personne que j’ai le plus envie de connaitre. 
Je ne sais pas quel âge tu as, ni d’où tu viens, quelles sont tes origines, de quelle couleur sont tes cheveux et tes yeux, si ta peau est fine à grains de beauté ou plutôt épaisse et foncée. Je ne sais pas si tu es grand, courageux ou plutôt écorché et peureux, si tu es étudiant ou déjà salarié. Je ne sais pas, mais sache que ce sont les choses que j’ai le plus hâte de découvrir.
J’ai hâte de mettre ma main dans la tienne, de passer mes doigts sur ta nuque et contre ton torse, de respirer l’odeur de ton cou et de poser ma main sur ton entrejambe. J’ai hâte de toi. 

Peut être que pour avoir un toi, il faut d’abord un moi et que c’était ce qu’il me manquait jusqu’à maintenant. A présent, je le sais, je suis sage et je t’attends. Les autres diront que je suis folle, que je suis amoureuse d’une idée, que je passe plus de temps à rêver que dans la réalité. Je n’y peux rien, j’attends ce moment où je pourrais t’aimer.

En priant pour que je sois aussi un jour ton toi.

Ta futur tienne.